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2 juin 2050

Premier date de la Chronique d’un spectacle annoncé

Le professeur Max Klanp déclare officiellement être parvenu à inclure des facultés télépathiques au cœur des modules d’intelligence procédurale des robots autonomes. Ceux-ci peuvent ainsi travailler en groupes, provisoires ou permanents, et exécuter ensemble une tâche complexe parfaitement coordonnée.

Le langage de communication utilisé consistait en un code abstrait fonctionnant par induction à distance d’images en relief ; en fait des hologrammes numériques constitués de figures géométriques assemblées en trois dimensions. Les premières images mentales artificielles en quelque sorte, échangées dès leur origine à la vitesse de la lumière. Les organes émetteurs et récepteurs des robots relevaient de la technologie très courante de connexion sans fil par modulation d’un courant électrique de haute fréquence.

À ce langage nouveau d’échange était avant tout assignée l’organisation des tâches accomplies par des ensembles de milliers de robots. Les hommes n’eurent plus à intervenir en direct sur des problèmes répétitifs, simples à résoudre pour des entités logiques coordonnées. On faisait ainsi travailler un grand nombre de robots situés à des endroits parfois très éloignés. Cela permettait de leur confier par exemple la gestion des stocks de matières premières et celle des ressources produites, la régulation des flux routiers, ferroviaires, aériens, ou encore la bonne exécution d’un planning de construction d’un bâtiment, d’un bateau, d’un barrage.

Ces missions d’organisation et de logistique occupaient encore des dizaines de milliers d’humains à cette époque de l’histoire, cette avancée technologique libéra tous ces hommes et femmes de leur travail. L’invention du professeur Klanp fut donc saluée comme un évènement majeur de l’évolution humaine.

Les informations qui allaient et venaient entre les machines se sophistiquèrent peu à peu ; on se rend encore plus intelligent quand on échange. Assez rapidement, ont circulé parmi les robots des « farces logiques » assez rudimentaires qui procédaient par légers décalages dans les assemblages des figures géométriques de leur langage. Ces micro détournements de sens peuvent s’interpréter comme des mots d’esprit très primitifs, mais antérieurs chez les robots à la fois au rire et à l’esprit ! Rien de moins que l’appropriation d’un langage. Ces plaisanteries logiques prenaient place dans les blancs des communications de travail, elles étaient toujours accompagnées d’un signe distinctif, sorte d’émoticônes qui permettaient de ne pas les confondre avec les messages fonctionnels. Il semblerait d’ailleurs que ces gags humoristiques soient nés lorsqu’on imposa aux robots de hiérarchiser les messages reçus et envoyés en différents classeurs selon leurs urgences et leurs importances. Les machines se seraient ainsi créé un espace hors nomenclature réservé à leurs facéties logiques (une sorte de dossier secret placé dans leur nuage partagé).

En effet, très rapidement les robots ont fait usage de la télépathie afin d’occuper leurs cerveaux artificiels de façon plus intense que ne pouvaient le faire les tâches quasi répétitives assignées par les humains. Bien vite, ils exécutèrent celles-ci avec une extraordinaire aisance. Ces travaux ordinaires et faciles, quelles que soient leurs complexités pour des humains, ne représentaient qu’à peine 15 % de leur capacité de calcul. L’usage de la télépathie encouragea les échanges de procédures, les comparaisons de méthode, les raccourcis, les simplifications. Les ingénieurs étaient fascinés par l’aisance avec laquelle les robots inventaient, s’adaptaient aux situations les plus diverses, proposaient des améliorations dans les procédés de fabrication ou de transport. Ils avaient peine à examiner et valider les propositions perpétuelles des intelligences artificielles. La progression des activités déléguées par les hommes fut trop lente pour occuper cette créativité perpétuelle. Les robots disposaient pour leur propre usage de 85 % de leur capacité de travail, 24 heures sur 24 et avec une vitesse de fonctionnement de l’ordre de celle de la lumière ! Bientôt, une forme de compétition entre automates se mit en place (à qui ferait la meilleure surprise logique !) de sorte que les échanges de ce type se développèrent en réalité selon une ample courbe logarithmique.

Pour les robots, il s’agissait d’une façon de ne pas perdre le contact entre eux. La communication aurait ainsi, peu à peu, contribué, sans que l’aient voulu ou prévu leurs inventeurs, à créer et structurer des communautés d’individus. Le temps de cerveau disponible aurait engendré une manière de liberté aussi relative que primitive. Les hommes n’ont pas anticipé une sociabilité née des échanges entre ces intellects, artificiels certes, mais puissants et sous-utilisés. Cette sous-exploitation des ressources, à elle seule, a rendu possible le développement d’une sorte d’appartenance. Les humains, y compris de nombreux ingénieurs, n’ont pas perçu l’importance déterminante de tels développements, et leurs conséquences éventuelles. Il ne fut appliqué aucun « principe de précaution ». Ces évolutions ne correspondaient tout simplement en rien aux intentions dont les humains avaient investi les machines qu’ils avaient appelées de leurs vœux. Ils avaient fabriqué une foule de « simples idiots efficaces », comme on disait alors.

Cet usage inattendu de nouvelles facultés avait par contre beaucoup réjoui les savants, notamment autour de la haute figure du professeur Klanp. Leurs esprits stimulés espéraient de la sorte approcher la nature exacte de la conscience humaine, et l’énigme de son apparition lors de l’évolution des espèces. Une extraordinaire émulation régna pendant quelques décennies dans toute la communauté scientifique. Celle-ci souhaitait obscurément savoir jusqu’où pourraient aller les progrès de leurs créatures, ils redoutaient que la hiérarchie impériale intervienne pour freiner la pratique spontanée des robots et mette ainsi fin à leurs passionnantes observations.

En réalité, les savants (et la plupart des techniciens avec eux) nageaient à cette époque dans une mer euphorisante d’autosatisfaction : ils avaient créé des êtres artificiels autonomes, infatigables et totalement privés d’émotions. Ce point étant acquis après de longues années d’expérimentation, le but fixé depuis des siècles semblait atteint. Les créations des scientifiques et des ingénieurs fonctionnaient à merveille pour les tâches répétitives, industrielles, commerciales, domestiques, pour les transports et les loisirs. Par exemple, les robots tennismen connurent une grande vogue vers 2055/2060. Ils se montraient remarquablement performants et inlassables ; il avait fallu d’ailleurs modifier les règles du tennis afin de les adapter aux nouveaux joueurs. Une variable irrationnelle évitait la monotone répétition des coups parfaits : des rafales aléatoires perturbaient les volées des joueurs qui devaient réagir à l’inattendu de vents artificiels.

Les hommes n’avaient pas voulu voir plus loin que ce progrès majeur qui les soulageait du travail, de toutes leurs charges quotidiennes en général, et qui de plus permettait de réaliser de sensibles économies d’énergie fossile. L’humanité vivait un nouvel âge d’or. Comme les précédents, il reposait sur une forme d’esclavage, ce dernier relevait cette fois de la technologie avancée. Cette origine synthétique ne suscitait donc aucune interrogation morale quant à son bien-fondé, à l’inverse des asservissements antérieurs. Tout était possible. Bénéficiant d’une délégation totale de responsabilité, à la limite de l’indifférence générale, malgré les divers « comités éthiques », les savants pilotaient seuls les mutations de l’appareil des productions humaines. Ils redessinaient en permanence la carte mouvante d’un Nouveau monde hyper innovant et tellement excitant à observer et parfaire…

© Jean-Pierre Bouguier – Texte déposé à la SACD – Tous droits réservés.

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