Cerise, mode d’emploi
Choisir sur l’arbre un couple
De fruits colorés à point
Les accrocher à l’oreille
De la bien-aimée
Rire un peu puis partager
Prétexte à baisers
Revenir à notre sujet de saison
Considérer la cerise délicate
Lustrer du doigt le miroir de la peau
Rouge et moelleuse carnation
Verser la face vers le ciel
Conduire gaillardement à la bouche
Le fruit ballant saisi par le pédoncule
En parcourir la rondeur
Avec une lèvre humide
Planter l’incisive d’un coup
Vif incisif ça ne crie pas
Faire jaillir le petit sang
Ruissellement sur la langue
Et parfois sur la joue le doigt
Jouir du soudain effondrement
De la chair qui se rend
La croquer à demi seulement
Retirer le corps tout pantelant
De la bouche entr’ouverte
Sucer un instant
La morsure découverte
Fruit bien ouvert blessure tentation
Où la langue flâne sur la chair
Et le petit cœur rond et dur
En quête de parfums aqueux
S’en barbouiller un peu
Pour en finir se décider et
Broyer la pulpe à pleines dents
Réduire au rien
Sans toutefois avaler l’os tout rond
Agacer la molaire sur le noyau
Prendre souffle
Arrondir les lèvres
Et propulser le plus loin possible
Un vague espoir de cerisier
Reste entre nos phalanges
La queue sans attrait
Tisane ou déchet
La cerise
Nous fera enfant
Toujours
Au printemps
Demain
Volontiers
Les hommes seraient-ils cerises
Dans la main d’un dieu muet ?
© Jean-Pierre Bouguier – SACD – mai 2023

Papillon
Papillon petit amoureux des couleurs et des sucs
Ta danse imprévue semble égarer ton vol
Posé puis glissé
Caprice apparent
Pur dialogue avec le vent
Tu choisis la corolle
À nulle autre pareille
Lui coules au cœur ta trompe sucrée
Et la laisses comme intacte
Un battement d’aile plus tard
Papillon ivre de l’air
Une vie si simple
Individu sans lendemain destin si bref
Espèce éternelle cependant
Tu donnes un futur aux fleurs
Et toujours l’astre au firmament irradie
Sa lumière sauvage et drue
Fait sourdre sur tes ailes
Ces pigments impossibles
Qui ravissent les yeux
© Jean-Pierre Bouguier – SACD – juillet 2023
Quatre formes courtes
Étonnement
Un chat
De nuit
Se dilate les yeux
Et regarde ébahi
Dormir les souriceaux au nid
Paysage
Sous le ciel
Un cri une pie
Dans un coin de grange
Un chien
Lape sans conviction
La soupe dont l’homme n’a pas voulu.
La question
Un porc soupire
Toute cette nourriture à ingurgiter
Tous ces débris versés dans l’auge
Par l’homme
Et que mange l’homme ?
La question excite tout soudain l’appétit du porcin.
Cauchemar
A quoi rêve le chien
Quand il s’agite dans son sommeil
Et grogne ?
….
Sans les caresses du maître
Il n’y a d’autre issue
Que la férocité.
© Jean-Pierre Bouguier – SACD – mai 2023
La trilogie du presque rien
Rien
Rien
Ou presque
Un petit reste
Plus loin
Trois fois ce rien
Tassé dans le coin
Combien de poussières font un grain ?
Contexte du rien
Là, rien
Ou presque,
Petit reste..
Plus loin,
Trois fois le rien,
Pressé dans un coin..
Une souris court
Du rien au moins que rien..
Évènement !
Une petite crotte
Exclut la vacuité.
Toute nouveauté illumine son contexte
Le grenier
Plus rien ou presque
A peine la trace d’un reste
Plus loin
Au coin
L’ombre d’un quasi rien
Encore plus loin
Tout là-bas
Quelques reliefs accumulés
Débris et papier
Sublimes vestiges
Mémoires immobiles
D’une vie arrêtée
Dans ce jardin de poussière
Tout se tait
Écoute tomber la lumière
Espère un souffle.
© Jean-Pierre Bouguier – SACD – juillet 2023
Voyage
Un motard
Vantard
Amoureux promeneur
De son moteur
Fier décideur
De leur commun bonheur
Se prit sans retard
A vivre au hasard
La machine ronronna
Et la France sillonna
Disant de bons mots
Aux caisseux tout bobo
Pas bandit pas méchant
Le motard confiant
Toujours prêt au départ
A cent à l’heure et mille pétards
De Meudon à Médan
Puis d’Apt à Perros
Se répandit sans os
Passant par Perpignan
Visita la Rance
Creva à Mantes
Laissa Lens et Nantes
Poursuivit à Cannes
Et cherchant Vannes
Balança de Valence à Vence
De Juvisy à Malmédy
Puis de Castres à Chartres aussi
Hésita
Se tâta
Pamiers ou Sablé
Camembert ou Munster
Coulommiers ou Pithiviers
Fromage ou dessert
Et tant pis si le Comte Robert
S’en prit au Brie
Pour Uriage et Ambert
Sans ambage se décida
En moto remonta
Il avait Choisy
Entre Loctudy
Et Saint-Enimie
Monta Mary
Sur le Puy de Sancy
Amer amoureux
De sa mécanique
L’heureux
Roula sa mère Annick
Entre Tulle et Paris
Heureux de faire La Ricamarie
À Digne aux thermes
Chercha son Ax
Saintes mit un terme
À son Aix
Avant qu’un jour nouveau se lève
Prit repos à Lodève
Mi-distante à vue de nez
De Rodez et Béziers
Fila à l’Alpe d’Huez
Tout pétaradant d’aise
Le héros de notre chant
Avant qu’il ne verse
Dans un étrange étang
Volontiers chantait sous l’averse
Toutefois si l’heur
De mon avis vous dit
Il est temps d’éteindre le moteur
A trop durer la chanson m’ennuie
G grand a petit
Et salut la compagnie
© Jean-Pierre Bouguier – SACD – juillet 2023


Pseudo haïkus
I/
Toutes ces olives mangées
Cercle
Des noyaux délaissés
II/
Cuisine colorée
Assiette de pleine à vide
Temps échu
Mort condensée
III/
Crépuscule
Un oiseau vole
Vers le soleil
Avalé par la mer
IV/
L’auto rouge vive
Tire un trait
Sur le blé mûr
V/
Un chien dans le cercle jaune
Souille la rouille du lampadaire
S’enfuit dans l’ombre
Laissant le vide
Éclairé liquide
VI/
Le chant de l’oiseau
Avant l’aube
Lever impossible
Lit adoré
VII/
La peau a graissé
L’oreiller fripé
Trace d’une nuit
Songe évanoui
© Jean-Pierre Bouguier – SACD – juillet 2023
Pour retrouver l’auteur : https://www.atramenta.net/authors/jean-pierre-bouguier/122761/publications/

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