Studium hôtel Dupanloup, Orléans 2014
En septembre 2014 est inauguré le Centre international universitaire pour la recherche (le Studium), installé par l’université d’Orléans dans l’ancien palais épiscopal, dit hôtel Dupanloup.
L’aménagement intérieur du palais a fait l’objet d’une commande publique au Studio Makkink & Bey de Rotterdam. De nombreuses images du site ci-dessous permettent de se faire à distance une idée du travail réalisé : https://www.designboom.com/design/studio-makkink-bey-hotel-dupanloup-orleans-08-05-2014/ .
Un précieux petit livre publié par les éditions Hyx à l’occasion de l’inauguration restitue la démarche des concepteurs qui ont souhaité s’inspirer, de façon à la fois très libre et très originale, des figures de l’histoire orléanaise. https://www.editions-hyx.com/fr/dexter-sinister . À cette occasion, il a été demandé de très nombreuses contributions illustrant chaque pièce réaménagée, dont les trois ci-dessous.
- Évocation d’une fouille archéologique au rez de chaussée du palais épiscopal
Epave
Il allait falloir faire propre. Ça commençait mal, avec nos gros souliers, nos outils de terrassier … Et en plus des certitudes du genre ‘c’est là et pas ailleurs !’ Alors voilà, on a commencé à démonter le parquet, bien sagement, pas à la pioche, non ! Latte par latte, sans heurter les lambris, en faisant attention aux tenons, aux mortaises, même si, nous les parquets dix-huitième !… bien jeune tout ça !… Précisément, ce qui nous intéresse ce sont les dessous… eh, oui !
Alors une fois le parquet démonté on s’y est attaqué aux dessous, et on l’a dégagée tout gentiment celle qu’on attendait là, sous tous les outrages du temps : poussière, sciure, terre, gravats. Fidèle au rendez-vous, elle nous est apparue, bien plus belle que dans nos imaginations, un peu bombée sur le dessus, avec ses jolis parements de petits moellons et de brique, l’élégance même !
Aujourd’hui ce soubassement de la courtine, relief d’antiquité tardive, se dissimule aux regards innocents sous les parquets utilitaires. Cette révélation de la vraie courtine est cependant partagée, car son tracé l’immortalise dans une salle du rez-de-chaussée, sobrement, comme il convient à l’antique. Ainsi la surface témoigne de l’épave en sa profondeur.
Nos collègues archéologues du futur pourront la dénuder à nouveau à la lueur de sciences nouvelles, lorsque, le moment venu, ce palais des évêques se rêvera une autre jeunesse.
- Le songe du maître de chapelle fait apparaître le designer Jürgen Bey, fondateur de l’agence Makkink & Bey
Concert spirituel
Ce matin-là j’admirais le chevet de la cathédrale au soleil levant… tant de jours passés à faire chanter cet immense vaisseau de pierre à peine achevé !… Ma tranquille et douce songerie fut interrompue par le souvenir subit d’un rêve de la nuit faisant renaître en moi la fascination qu’il avait engendrée au point de me faire lever avant l’aube.
… Dans cette pure fantasmagorie, l’ordonnateur des lieux était un hollandais qui m’accueillait dans le palais de l’évêque dont il avait disposé à sa façon. Déambulant avec moi, il me demandait si l’agencement des lieux était de mon goût. Je demeurais stupide et muet, bousculé par tout un étrange mobilier, par les fauteuils formidables posés sur des tapis d’énigmes, par les tables et chaises de maigre bois assemblées de vis brillantes, apparentes au point que je crus un appareillage mécanique prêt à mouvoir ses ajustages. Des poires de verre étaient suspendues à des ficelles devant des tentures de gaze fort légère figurant initiales et blasons, chimères et imaginations, des rébus qui, m’assurait-il, résumaient toute l’histoire.
Et il appelait de ses vœux une bienfaisante république des arts qui composerait tout à la fois, l’harmonie et la dissonance, le baroque et le régulier, le dense et le vaporeux, les couleurs unies ou mêlées, cousines ou opposées, dans un véritable concert spirituel dont il serait sans nul doute l’un des maîtres de chapelle…
Mon esprit engendra-t-il une utopie ou bien une divination ?
- Évocation de Casque d’or (Amélie Élie, prostituée de la Belle Époque)
Débauche
Très longtemps, j’ai cultivé le désordre des passions, l’intempérante déraison.
A l’échéance de ma saison, j’abandonnai débauche effrénée, volupté et fureur,
Pour vendre la serge au mètre aux aimables chalands d’un truand protecteur.
Le soir venant il me prend cependant de songer aux triomphants passés,
Je me fredonne ‘Adieu, notre petite table…’, la chanson de Manon …
Ma pensée vagabonde imagine alors un meuble étrange et simple, cloisonné
De rouge et d’or, où s’épousent la ferveur de mon sang et le blond de ma toison.
© Jean-Pierre Bouguier – septembre 2014, renouvelé avril 2023


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